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La Vice-Province
1626-2006

Qui sont les Frères Capucins du Proche Orient?

top Les Capucins: 380 ans en Proche-Orient...

Parler de notre présence en proche-Orient, c'est remonter aux temps de St François d'Assise et des croisades. En effet, en 1219, saint François arrive en Egypte avec les croisés. Ce n'est pas pour approuver, encore moins pour appuyer ce carnage de feu et de sang qui se fait pour la délivrance de Jérusalem, lieu béni d'où surgirent et rayonnèrent le pardon et l'amour, devenu source de haine et de guerres fratricides.

Le but de François est d'annoncer l'Evangile du Christ, et son secret désir, cueillir la palme des martyrs. Et voilà qu'un jour, il s'échappe du camp des croisés et se présrnte au Sultan lui-même.Entreprise d'une audace inouie et d'une folle témérité, quand on songe que sa tentative se fait alors que les forces de ce chef sont aux prises avec celles des chrétiens. Cette entrevue historique avec le Sultan d'Egypte ouvre dans l'Eglise le dialogue avec les frères musulmans, bien des siècles avant Vatican II. Muni d'un firman du Sultan d'Egypte l'autorisant lui et ses compagnons à parcourir tout son empire et d'y prêcher, saint François vient en Palestine et avant de répartire, y laisse ses compagnons. Et depuis ce temps, les Franciscains se sont faits les champios des Missions d'Orient jusqu'à en assurer longtemps le monopole dans les Lieux Saints de la palestine. La Réforme capucine, commencée en 1525, subit à son tour l'attraction de l'Orient.

top Le fondateur des Missions: Père Joseph

Le père Joseph de Tremblay, plus connu sous le nom de "l'Eminence Grise" est certainement la plus belle figure de l'histoire de nos Missions Capucines. Sans avoir mis les pieds en territoire missionnaire, il en est l"instigateur, l'organisateur, le propagateur et le soutien. De 1625 à 1638, ce n'est qu'une suite ininterrompue de fondations successives à travers le monde et plus particulièrement en Orient. Sous son impulsion, les missionnaires capucins se fixent au Liban, en Syrie, en Turquie, en Grèce, à Chypres, en Perse, en Iraq, en Palestine, en Egypte et jusqu'en Ethiopie et aux Indes. Tous ces pays, du moins durant les premières années, forment la Mission d'Orient confiés aux Capucins de Touraine et de Bretagne. Dans la même période, le père Joseph fonde les Missions Capucines du Maroc, du Canada français, de la Guinée, du Cap Vert et des Antilles. De plus, avec le Père Jérôme de Narni, capucin, le père Joseph est l'un des fondateurs de la congrégation de la « Propagande de la foi » dont le but est d'organiser, sous l'obédience directe de Rome, les Missions à travers le monde entier. Ainsi par cette oeuvre si salutaire à l'expansion de la Sainte Eglise, le père Joseph contribue-t-il à l'extension du règne de Dieu et au développement des pays évangélisés. L'Influence qu'il exerce sur son épo­que est le secret de sa prodigieuse réussite. A Rome, son ascendant est tel, qu'il est désigné Préfet général des Missions avec des pouvoirs très étendus. A la Cour du Roi Très Chrétien, il est le favori et le Conseiller tout puissant.

top Plan d'action d'un grand chef

Mais avant de se lancer dans une si grande entreprise, en homme avisé, prudent et diplomate, le P. Joseph prépare l'expédition par une étude approfondie des lieux favorables à l'établissement de postes dans l'Empire Ottoman. Le P. Pacifique de Provins s'acquitte merveilleusement de cette mission de reconnaissance. Parti avec un compagnon des îles de Marseille le 22 janvier 1622 il arrive à Constantinople le 2 mars. II quitte cette ville le 3 mai. Parvenu le 18 juin à Alexandrie, il arri­ve le 22 à Rosette, le 29 au Grand Caire, le 12 juillet à Damiette, le 2 août à Jérusalem. Reprenant la route du nord, il se dirige vers Nazareth, le 15 août; le 19 il est à Saida, le 25 à Damas, il revient s'embarquer à Saida le 21 septembre pour rendre compte au Pape Grégoire XV de sa mission. Le 10 janvier 1623 la Sacrée Congré­gation présidée par le Pape met en délibération la requête présentée par le P. Pacifique et demande au P.Joseph de la faire exécuter. Patiemment pendant plus d'un an encore, le P. Joseph met au point son plan d'action. Il recueille encore des informations pour se faire l'idée la plus exacte de la situation. Au Liban il sait pouvoir compter notamment sur le Patriarche maronite Jean Makhlouf avide d'assurer l'éduca­tion chrétienne de son peuple. II est sûr de l'appui total de l'Emir Facardin (Fakhr el dine ) ennemi farouche des Turcs et partisan de l'Occident. Dans le nord de l'Empire, il aurait l'appui des Arméniens « hommes probes et experts surtout dans les langues Orien­tales». Ce tableau si encourageant a pourtant ses ombres: le fanatisme reli­gieux des Turcs et des Grecs et la vie relâchée, voire scandaleuse, de certains colons Francs. De plus il faut compter avec les périls des voyages, les épidémies chroniques: choléra, peste,typhus, dissen­teries et fièvres, le dénuement matériel, l'isolement humain et moral, la difficulté des langues et dialectes barbaresques et orientaux, sans oublier la terreur des incursions des corsaires esclavagistes. Voici ce qu'écrivait un jour à ce propos l'Eminence Grise à Richelieu : «Votre Grandeur considérera s'il lui plait que de tout temps la nation Française a été libre et franche par tout le monde, et qu'il n’ y a que depuis 24 ans que les Turcs ont rendu esclaves les Français navigant sous les Trois Fleurs de Lys y ayant à présent dans l'Afrique plus de 6000 des meilleurs mariniers du Royaume qui sont contraints par les tourments à renoncer à la loi de Jésus-Christ puis servent de pilotes aux barbares pour venir aux côtes de France prendre leurs parents et compatriotes, ce qui arrive journellement».

top L'implantation au Liban

1626 est décisive pour les missions Capucines d'Orient. Cette année là, le P. Joseph a mis au point sa grande offensive: Le 5 février 1626 partent les mis­sionnaires de Constantinople; vers Pâques, ceux de Beyrouth se mettent en chemin; le 11 mai, c'est le tour de l'équipe de Saida. Ceux de Constantinople n'y arrivent que le 17 juillet alors que les « Beyrouthins» avaient débarqué le 18 mai, suivis, un mois plus tard, par les Pères de Saida, le 19 juin.

BEYROUTH.

L'Equipe de Beyrouth met plus de quatre mois pour s'installer. Il lui faut d'abord établir une résidence: une vieille masure et un jardin appar­tenant aux maronites, près des halles du Souk Nourié, du côté des fouilles que l'on voit aujourd'hui. Le 1er  Octobre les Pères sont ins­tallés et peuvent commencer leur tra­vail missionnaire. D'abord chapelains des Francs, ils vont bientôt se retrouver à la tête d'un grand collège. Un point important reste à régler : cette école serait-elle un séminaire ou un collège? Finalement l'idée de collège devait prévaloir « selon la volonté de Facardin Emir de Sidon.» La paroisse n'est organisée que trois ans plus tard en 1631 par le P. Adrien de la Brosse que l'on pourrait considérer comme le premier curé de St. Louis. Un Père Jésuite du 17e siècle parle ainsi de Beyrouth, « Ville jadis assez consi­dérable mais à présent fort ruinée de sorte qu'elle ne mérite que le nom de bourg. J'entrai dans l'Eglise des maro­nites qu'on appellerait mieux une caverne telle en est l'enfonçure en terre et l'obs­curité.» Les Capucins utilisent cette Eglise St. Georges, pour la célébration des Saint Offices et l'administration des sacrements, jusqu'au jour où le P. Ambroise de Rennes, Custode des Capucins, décide la construction d'une église autonome. Un Père de l'époque nous donne les motifs de cette décision. « A cause des grandes incommodités de la maison des maronites, et à cause qu'il était impossible que des chrétiens d'autres rites viennent dans les Eglises des maro­nites par l'antipathie qu'ils ont les uns contre les autres, il est impossible de leur faire la mission et leur prêcher.» En 1726 le P. Ambroise, achète à 44 piastres un jardinet situé hors de la ville près de « Bouabet el Debbagha». Mais Beyrouth « ville des grands mutins» proteste et s'agite ... Le P. Ambroise diffère son projet. II fait bien d'ailleurs (il l'avoua lui-même) il avait choisi un endroit « bien bas, malsain et dans des voisinages déplaisants, éloignés de tou­tes fontaines. En novembre 1730 il revient à la charge, achète un nouveau terrain à un Druze, le Cheikh Talhouk de Aita, (entre l'ancien bureau du télégraphe et les bazars, à 50 m à gauche près de l'actuel Capitole, Immeuble Esseily.) Le 2 juillet 1731, il obtient de Hafiz Hamed, Pacha de Saida, le permis de construire. Le 4 octobre, il ouvre les fondations et après diverses péripéties la construc­tion s'achève. L'ensemble de la construction consis­te en deux petits corps de logis, une petite cour, le four et un jardin potager avec un coin servant de caveau l'un pour les religieux et l'autre pour les latins et les vénitiens; l'Eglise se trouve au dessous du couvent. Reste le problème de l'eau. En 1741 les Capucins obtiennent de la ville un quart de «Kira». Ils posent si rapidement les canalisations qu'en deux jours l'eau coule dans notre jardin. Mais la nuit, des inconnus brisent tout et affichent une lettre de menace de mort. Le P. Chrysostome ne se laisse pas impressionner, monte à Deir el Kamar et revient avec un mélik bachi ( officier ) qui rassemble « cette canaille» pour leur lire le baliourdi ( décret) du Pacha. De nouveau l'agitation reprend car «l'eau était si rare à Beyrouth que les mosquées, une partie de l'année en manquaient». ( Pour leur consolation, nos paroissiens savent à présent que la pénurie d'eau ne date pas d'aujourd'hui.) Sur le désir du consul de France, et sur l'ordre de son Custode le P. Chrysostome de St. Brieux, pourtant breton tenace, cède. Les Capucins restent dans la nouvelle église St. Louis jusqu'en 1868. Agrandie à deux reprises, elle conti­nuera à poser de nouveaux problèmes jusqu'au jour où le père Zacharie de Catignano, capucin et plus tard Préfet Apostolique de Syrie-Liban obtient le fir­man nécessaire pour en édifier une nou­velle, l'actuelle St. Louis de Bab-Edriss. D'après nos archives, il ne semble pas que les latins aient eu un cimetière avant 1731. Nous relevons dans les archives: «le 14-7-1665 est mort André Payen,sa famille paya 5 piastres et l'enterra chez les maronites... le 22 mai 1728 meurt subitement le Père Sébastien de Nantes; il est enterré dans le sanctuaire des maronites. »

SAIDA

Si Beyrouth reçut les premiers Capucins, c'est cependant Saida qui détiendra le titre de Résidence-Mère jusqu'en 1761, vu qu'elle est, en cette période, la ville la plus importante de tout le Liban. L'équipe comprend deux missionnaires dont le P. Gilles de Loches, un jeune de 30 ans, très savant en langues arabe et Orientales. Les Pères s'installent très rapide­ment d'abord dans un khan, puis ouvrent en ville une chapelle. Ils n'ont d'autres obligations que de payer l'impôt à la mosquée voisine. Le Père Gilles s'empresse d'ouvrir une école où les enfants accourent de plus en plus nombreux. En peu de temps « il se mit avant, dans le coeur des chrétiens de Sidon.»

top Projet d'imprimerie (1627) à Ehden

Le P. Joseph de Tremblay avait vraiment une intelligence intuitive en beaucoup de domaines et entre autre en la nécessité d'une imprimerie polyglotte au Liban. C'est le Père Gilles qui lui fournit l'occasion en 1627. II lui fait part du désir du Patriarche maronite d'établir un grand collège pour l'instruc­tion de ses jeunes chrétiens. Collège et imprimerie sont donc décidés mais ils devraient être fondés en un lieu sûr et à l'abri des incursions Turques. Le choix tombe sur Ehden. La Propagande, avertie de ce dessein par le P. Joseph de Tremblay lui-même, donne son consentement, au moins tacite. Aussitôt notre Eminence Grise met tout son pouvoir et toute sa diplomatie à la réalisation de son génial projet. Génial en effet car le Père ne veut rien moins qu'une imprimerie en langues arabe, turque, syriaque, égyptienne et grecque. Son but est de remédier, à l'ex­trême rareté des imprimés en langue arabe que les missionnaires Capucins et autres ne cessaient de transcrire et, par ce moyen, répandre à profusion la lumière de la vérité sur l'Orient. Ce grandiose projet, tant caressé par le P. Joseph n'aura pas de suite et pour cause. Tout en le laissant agir, la Congrégation de la Propagande cherche à établir de son côté une imprimerie polyglotte, mais au centre de la chrétienté. Décidée, Rome lance ses agents pour compléter la provision de ses caractères d'imprimerie. En France, l'un d'eux trouve un ancien Ambassadeur en Turquie possesseur d'une très belle col­lection en caractères arabes. Ce dernier refuse de négocier disant qu'un ministre du Roi (P. Joseph) avait manifesté l'intention de le faire bien payer. L'agent s'empresse de communi­quer sa découverte à la Propagande qui en informe le Nonce à Paris. En religieux obéissant, le P. Joseph cède, sans doute convaincu que Rome serait bien plus à l'abri des vexations turques.

top L'expansion

Tandis que Beyrouth et Saida s'af­fermissent, c'est à travers l'Empire Ottoman, une explosion de fonda­tions. Nous ne ferons que les mentionner par ordre chronologique:
Ehden, Alep, le Caire, Constantinople en 1626. En même temps que Beyrouth et Saida Mar-Toumas, Baghdad, Scio, Naxos en 1627. Antourine, Smyrne, Ispahan en 1628. Surate (Indes) en 1631. Tripoli de Liban, Nicosie, Larnaca, (Chy­pre) et Madraspatan (Indes) en 1633. Mossoul en 1636. Damas, Sira et Andros en 1637. Abey en 1645. Tauris en 1657. Ajoutez-y, Milo, Paros., Patmos, Athènes, qui s'échelonnent à bref intervalle. De 1626 à 1633, on compte dans ces postes environ cent missionnaires.

top L'expansion

II serait certes très intéressant de décrire les multiples péripéties qui en­tourèrent chacune de ces fondations. Mais ce documentaire, forcément limité, ne nous le permet pas. Cependant celle d'Ispahan mérite d'être relevée tant elle est empreinte d'originalité et d'humour: A Ispahan le P. Pacifique rencontra un arménien à qui « il avait fait plaisir et service dans Paris», Celui-ci l'introduisit... (suite)